Le Roi Miguel (premier épisode)

Le Tour de France va commencer dans un peu plus d’une semaine, pour la dixième année de suite, Ulrich sera le favori et risque à nouveau de terminer deuxième. Je parle d’Ulrich, car c’est probablement le dernier coureur en activité à avoir côtoyé Miguel Indurain. La phrase sonne un peu enquête policière : « Vous êtes le dernier à avoir vu Miguel Indurain vivant, qu’avez-vous fait entre le 1 Juillet et le23 Juillet 1996 ? » Réponse, Ulrich qui n’était à l’époque qu’un jeune loup et lieutenant de Bjarne Riis, « Monsieur 60% » pour les intimes, allait provoquer autant qu’assister à chute de Miguel. Car cet été 1996 voit pour la première fois celui qui fut le héros de mes après midi de juillet entre 1991 et 1995 donner des signes de faiblesses avant d’abdiquer définitivement. L’image est restée célèbre, c’était une étape qui arrivait à Pampelune, Miguel le Navarrais devait y entrer en vainqueur, c’était écrit. Mais rattrapé par l’âge, le temps qui court, Miguel avait dû lâcher prise sur les pentes des cols qui constituaient « son terrain d’entraînement, des routes qu’il connaît par cœur » comme dit le journaliste. Ce soir de Juillet, on assistait à la fin du règne de Miguel, chassé par un vainqueur au parfum sulfureux, Bjarne Riis, roitelet de 33 ans, (l’âge de Miguel alors), dont le règne, à l’instar d’un tube pour midinettes, ne dura qu’un été.
De Miguel la critique dira qu’il était fort mais que c’était toujours la même chose, qu’il écrasait tout contre la montre et se contentait de gérer en montagne. Entre nous, je vois pas trop comment on peut « gérer » quand il y a 3 cols hors catégorie au programme, mais soit. Je n’entrerai pas dans ce débat et laisse aux historiens le soin de rétablir certaines vérités. Vous pourrez d’ailleurs consulter les archives au près de la CIA en 2050.
Moi, de Miguel, je retiens l’image d’un champion simple, l’antistar absolue, que rien ne prédestinait à devenir champion, et qui était bien embarrassé quand les micros l’entouraient. Un cycliste quoi, un vrai. Je me souviens de ses prouesses en français, lui qui a fait l’effort d’apprendre notre langue, mais qui même en fin de carrière avait encore du mal à comprendre ce que disait Jean-René. Il n’était pas le seul, je comprends toujours rien à ce que dit Jean-René. C’est vrai qu’il était marrant le français de Miguel, car c’était pas du français et comme il était trop poli, il n’osait pas dire qu’il n’avait pas compris la question, et tentait d’improviser une réponse du style : « si claro que si, auyourdui, tapa muy bien. Equipo très bienne, solidar » et c’était si bon de l’entendre parler ainsi !
Je me souviens de ce prologue du Tour, un soir de Juillet 1995 à Saint Brieuc. J’y étais, la Bretagne attendait son champion, il est sorti de l’orage qui venait de mettre Chris Boardmann à terre. Miguel était passé, une fusée comme d’habitude, et on avait crié tout ce qu’on avait dans le bide à son passage. Il ne s’en souvient pas, mais les ados admiratifs qu’on était s’en souviendront toute leur vie. Ca fait 10 ans Miguel, tu nous manques grave.
PS : L’auteur tient à préciser que ces paroles n’engagent que lui. La direction décline toute responsabilité
