Un train de sénateur

mardi 16 mai 2006
par sambonvoisin
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Le p’loton mène un train de Sénateur
Robert Chapatte - 15 juillet 1989

Que se passe t’il quand le peloton mène un train de sénateur ? Tracte t’il, à l’aide d’un arnachement ad hoc, et sur une voie ferrée, un wagon entier rempli de représentants de la nation ? Et si oui, jusqu’où ? Et surtout, pourquoi ? En fait, mener un train de sénateur n’a voir ni avec la cheminoterie nationale, ni avec une quelconque assemblée parlementaire.

Nous pouvons d’ors et déjà établir que "Mener un train de sénateur", cela concerne exclusivement le peloton. Certes, un cycliste seul peut s’y risquer. Cependant, il risque assez vite de se faire remarquer de son directeur sportif, qui, oiseau peu fantaisiste de nature, risquera de critiquer son attitude soit-disant dilettante. Il lui fera remarquer, par exemple, que sa tactique de course discrédite l’image de son sponsor (au hasard, la fabulause renommée de RAGT semences, par exemple). Ensuite, il lui sera reproché se démarquer de ses concurrents par une originalité rarement appréciée à sa juste valeur au sein du peloton. Un train de sénateur tout seul, pourtant, c’est agréable. Baguenaudant doucement, le nez en l’air, alors que les voitures vous dépassent toutes une à une en klaxonnant. Prendre le temps de découvrir le paysage, souriant aux visages médusés des spectateurs. Mais non, c’est dommage mais c’est ainsi, un cycliste digne de ce nom ne peut se permettre de prendre, à lui seul, un train de sénateur.

Le peloton par contre, a toute latitude pour se consacrer à cette activité. Il lui suffit pour cela aux 193 coureurs de s’entendre (nous reviendrons dans un prochain article sur ce qu’est « s’entendre ») sur une allure relativement modérée. Cette allure se situant, pour illustrer le propos, aux alentours de la vitesse d’un pur-sang au grand galop dans la dernière ligne droite de l’arrrivée du prix d’Amérique. Cette allure pépère permet alors au peloton de se reposer, de « récupérer des efforts de la veille », de ménager un peu les « organismes soumis à rude épreuve ».

Inconvénient majeur cependant, le train de sénateur handicape sérieusement les commentateurs sportifs, qui, pendant ce temps, sont obligés de meubler. Qui, avec une commode Louis XVI, qui, au moyen d’un vaisselier en inox. Le commentateur sportif se délecte alors d’interviews de coureurs donnés sur la ligne de départ, où ces derniers affirment alternativement que, s’ils ont les jambes, ils vont attaquer, ou que leur but sera de se glisser dans la bonne échappée.


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