Allez Tour de France

Allez tour de France
Sacré tour de France
Chantez tour de France
Longue vie au tour de France (bis)
1980. A New York, le disco enflamme les pistes de danse. C’est l’effervescence lascive des corps qui ondulent au rythme entraînant d’une transe électro-tribale androgyne et sensuelle. Diana Ross, Donna Summer, Earth, Wind and Fire font trembler les sols du mythique Studio 54, où artistes et intellectuels se côtoient, dans une ambiance tourbillonnante de créativité.
Eddie Barclay, qui a le nez creux à force de sniffer de la coke, sent bien que cette nouvelle mode doit trouver une traduction française. Il le doit à la musique. Il le doit à son pays. Il le doit à ses nombreuses pensions alimentaires. Dans le landerneau tropézien, il lance donc ses meilleures oreilles à la recherche de ce qui pourrait égaler, chez nous, l’excellence outre-atlantique. Et il finit par trouver la perle rare. Un prénom. Même deux. Laurent. Olivier.
Laurent Olivier, à la plume chatoyante et à la voix de chanteur d’opérette dépressif, puise son inspiration chez les meilleurs, et en tire la quintessence du disco. Et, élégant d’abnégation, il décide de mettre sa découverte au service du peuple. La pierre philosophale de la musique entièrement dévouée à magnifier un objet au moins aussi sublime : le tour de France 1980.
La basse groove. Funky. La batterie électronique tonne sur ses drums et fait fusionner testostérone et œstrogène, synthétisant des endorphines à 120bpm à l’heure. Le saxo suinte et crie sa joie débridée, épileptique. L’ambiance est posée. Et rien ne sert de préciser qu’elle est électrique. Les paroles, quand à elles, parviennent à surexciter l’ensemble. Ce n’est pas étonnant : quoi de plus harmonieux que le disco et le tour de France 1980 ? Bernard Hinault, en pochette du disque, résume ce parfait mélange de beats et de vélo. Il pose, provocant, en maillot Renault sur la terrasse d’une villa dont on peut supposer qu’elle est le théâtre d’orgies post-critérium, de bacchanales où se croise la jet-set du cyclisme de l’époque : Joaquim Agostinho, le tombeur portugais, Rudy Pevenage, le belge facétieux, et le classieux Jean-René Bernaudeau. Laurent Olivier, artiste de son époque, inspiré par l’atmosphère de ces années où Andy Warhol et Sean Kelly partagent les mêmes hommes et les mêmes drogues, nous offre le délire littéraire qui suit : « Allez tour de France / C’est la super ambiance / Dans les sifflets, les bruits de la foule /Applaudissez nos champions qui roulent ». Vous l’aurez compris, les « champions qui roulent » sont aussi à l’aise avec du papier OCB grandes feuilles que dans la montée de l’Aubisque.
Malheureusement, les années de velours finiront, rattrapés par les overdoses et le sida. D’aucuns mourront foudroyés en plein vol, en pleine échappée. Bernard Hinault, dans ce tour de France 1980, avait pourtant été touché lui aussi de plein fouet, comme un avertissement. Souffrant du genou, il abandonne lors de la treizième étape. Il annonce la descente.

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