Le Tour au bureau

Pour reprendre le chanteur, déjà que travailler c’est trop dur et voler ce n’est pas beau, mais travailler pendant le tour de France, c’est quelque chose je peux pas faire. Ou pour reprendre un autre grand homme "travailler moins pour pédaler plus".
S’il est bien un élément contrariant qui empêche de profiter pleinement des après midi de juillet devant sa télé, c’est bien l’obligation de travailler, et de rester au bureau alors que d’autres veinards peuvent tranquillement savourer les 50 derniers kilomètres de l’étape en "direct live".
Car honnêtement, quelle frustration de savoir que les échappées ont 5 minutes d’avance, que les maillots sont en train de valser, que Sandy Casar a encore attaqué, que Sylvain Chavanel est encore lâché, alors que vous êtes assis derrière l’ordinateur, sans accès à la petite lucarne, mais avec le site de l’équipe ouvert en permanence, histoire de rester informé…Et là, merci l’Equipe (journal sportif en vente partout) pour vos mise à jour de la situation tous les 2 minutes, cela redonne un sens à mes après midi de juillet. Merci internet, ce dernier espace sacré de liberté, dont l’accès libre et illimité permet d’atténuer quelque peu mes souffrances, à défaut d’avoir les images, et encore moins le son (Radio Tour à fond les ballons dans le bureau crachant les écarts entre le groupe intercalé et le peloton ferait à mon avis peu pour avancer ma carrière si d’avantage le chef entre dans le bureau au moment ou le journaliste annonce une "chute à l’arrière"…).
Mais bon, les après midi Tour de France au bureau ne vont pas non plus sans poser quelques problèmes de logistique et d’organisation. Que faire d’une réunion programmée à 15h dans le bureau du chef, là où vous êtes peinards sur internet à l’heure ou le peloton aborde les premières rampes du Tourmalet ? Il est toujours possible d’invoquer une note de dossier importante à terminer, mais cela ne peut fonctionner qu’une ou deux fois. De la même manière, on n’insistera pas trop non plus sur l’urgence toilettes, ca ferait louche, surtout si cela consiste à rester dans son bureau. Quant à l’excuse consistant à dire que des dossiers urgents doivent être bouclés, cela ne peut fonctionner que si les vacances arrivent en fin de semaine, et pas à la mi Août, même si elle est bretonne…
De la même manière, il est difficile pendant le Tour de France de ne pas perdre, ne serait ce que momentanément sa concentration au travail, avec les conséquences que cela implique. Il est ainsi toujours désagréable de rédiger une note à son chef dans laquelle on confond "Rapport d’étape du projet" avec "Situation de l’étape à 15 km du sommet", le risque existe alors d’indiquer les écarts entre Contador et Schleck, la situation à l’arrière au lieu de dresser l’Etat des lieux de la situation financière de l’entreprise, les écarts de recettes et les arriérés bancaires. Quoi de plus ballot que de terminer une note en disant : "en conclusion, les écarts seront énormes ce soir, encore une belle étape de montagne vécue en votre compagnie".
C’est décidé, l’an prochain je pars en juillet…

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