Dix jours avant Paris

Blues manouche
jeudi 23 juillet 2009
par sambonvoisin
popularité : 16%

Il pleut des cordes, j’ai perdu mon imper,
Je vois Eddy Merckx et ma mère.
Je pleure et pose un pied à terre, puis deux.
Mon vélo pèse 1200 kilos,
Je perds mes moyens et mes boyaux.
J’ai la voiture balai dans le dos.

On savait que Sanseverino était un fin amateur de bicloune. Mais il aura fallu attendre son album « Exactement » pour en avoir la brillante démonstration. La chanson « Dix jours avant Paris » démarre au rythme lancinant d’une nappe à carreau d’un orgue asthmatique, lenteur hypnotique qui ne nous lachera plus. Un tour de roue après l’autre, interminable progression dans une non moins interminable ascension, le coureur avance, malgré tout. Il morfle. Il déguste. Il en prend plein les mollets. Loin des leaders, loin même de l’idée de figurer dans le ventre mou (mais chaud) du peloton, il n’a qu’un seul espoir : que son calvaire prenne fin.
Sanseverino excelle dans la description minutieuse de tous les tourments qui accablent notre pauvre coureur. La pluie, la chaleur, la terrifiante certitude de la persistance de cette infinie souffrance. Deux merveilleuses octosyllabes résument et magnifient ce combat perdu d’avance :«  Je n’ai gagné que des douleurs / Au classement du meilleur grimpeur ».
« Plus que dix jours avant Paris / Encore dix nuits et c’est Les Champs » : la course à étape se résume ainsi, comme autant de batonnets gravés dans la geôle d’un condamné. A l’issue de ce compte-à-rebours, il y a la délivrance. Mais pour Sanseverino, avant cette délivrance, le cycliste reste enchaîné à l’asphalte. Il doit franchir toutes les étapes avant de prétendre à la ligne d’arrivée : l’agonie physique, le découragement, l’indéfectible et désintéressé soutien du public, puis l’inattendue possibilité d’une victoire contre soi-même qui prend corps.

Le gitan de Montreuil, qu’on a déjà vu en spectateur privilégié du Tour, aura même eu à coeur, dans son album en public « Aux bouffes du nord », de nous gratifier d’une reprise de cette magistrale chanson, accompagnée d’un cover de Rimini, et d’une improvisation autour de « La bicyclette ». Autant vous dire que le gars, en plus d’aimer le vélo, il sait de quoi il chante..


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Régression intellectuelle oblige, cyclimse se fait vieux et con. Au lieu de se casser la tête à marquer de son empreinte la littérature cyclistique, il poste sur twitter :

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