LE POISSARD

samedi 11 juillet 2009
par sambonvoisin
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A chaque Tour de France son coureur poissard. Tous les ans, il faut qu’il y en ait au moins un.
Pas le méga malchanceux qui perd son Tour sur un coup de dés, non. Pas la victime innocente d’un implacable hasard, loin de là. Dans cet article, il n’est nul question de l’accident spectaculaire qui vous projette comme une fusée sur l’asphalte des champs élysées. Nul question de la tuile qui vous tombe dessus et vous empêche de continuer, ni de la gamelle dans la descente de l’aubisque qui vous fait aimer la voiture balai comme le rouge aime l’automne.
Dans cet article, il est question du vrai poissard du tour. Celui qui, de la première à la dernière étape subit déconvenues sur déconvenues, celui sur qui le sort s’acharne, celui qui a du être un sacré pourri dans une vie antérieure pour expier à ce point ses fautes.

Dans ce tour 2009, deux coureurs se tirent la bourre pour se voir décerner le prix de la poisse d’or. Deux trajectoires différentes. Deux coureurs qui, tous les matins, se demandent pourquoi la vie est ainsi faite, qu’est-ce-qu’ils ont bien pu faire pour mériter ça, et pourquoi, encore ce matin, la tartine est tombée du côté de la confiture.

Denis Menchov

Ca semblait bien parti pour le gars Denis. Il pouvait espérer qu’avoir gagné le tour d’Italie le laverait définitivement de l’affront d’avoir été prénommé « Denis » par des parents aussi russes que sadiques. Il arivait sur le tour avec la belle équipe Rabobank, pleine d’ambition et de rêves de victoires.
Pourtant, il aurait du se méfier. Arriver sur la grande boucle avec un procureur autrichien plongé dans une enquête sur un éventuel dopage sanguin opéré il y a 3 ans au sein de l’équipe, et impliquant, en plus du bien connu Rasmussen, le dit Denis Menchov, n’était pas de meilleur augure. Avoir son directeur sportif, Erik Dekker, directement convoqué par la justice dans cette affaire aurait pu lui mettre la puce à l’oreille. Mais non, ça n’aura pas été suffisant pour que Denis considère avec sérieux ces signes du destin. Il aura décidé, malgré tout, de se présenter sur la ligne de départ.

Pour le punir, le tour n’aura pas mis longtemps à le lançer dans la course au titre du poissard 2009. En effet, sur le prologue, parti avant Cancellara, Menchov se fait rattraper par ce dernier, qui empoche du coup le maillot jaune. Parti de Monaco et arrivé au même point, Menchov n’avait pas encore changé d’hôtel qu’il perdait déjà 1mn et 30 secondes. Pas mal pour un début.

Deux jours plus tard, alors qu’il n’a rien demandé, Menchov se fait prendre dans une bordure et perd encore 41 secondes. Battu par le vent.

Il aurait alors été temps de jeter l’éponge, mais non. Car Denis n’est pas de cette trempe. Il prend le départ le lendemain du contre-la-montre par équipe pour se précipiter dans le fossé au bout de quelques minutes.

Résultat, au bout d’une semaine, alors que rien n’est réglé pour les leaders, Denis Menchov pointe à plus de 5 minutes du maillot jaune. Et ce n’est pas les résultats de son équipe qui vont lui redonner le moral, puisque son grimpeur, Robert Gesink, a abandonné victime d’une chute, et que Oscar Freire, l’espagnol, se fait tondre la laine sur le dos de l’étape de Barcelone, devancé par un norvégien !

Avouez qu’il y a de quoi se sentir mal. Avouez aussi qu’on peut se demander si Rabobank ne choisit pas ses coureurs en fonction du degré d’hilarité provoqué par le ridicule de leur prénoms. « Denis », « Oscar », « Robert »,... en même temps que peut-on espérer avec un manager qui se fait appeler « Harold » ?

TOM BOONEN

Il y a fort à parier que les mésaventures perpétuelles de Tom Boonen sur ce Tour 2009 aient pour effet de remplir les églises catholiques de toute la Belgique. En effet, comment ne pas voir la puissance de la vengeance divine dans les malheurs qui l’accablent ?

On connaît l’histoire : contrôlé positif à la cocaïne, exclu par l’ASO mais récupéré in extremis par la Chambre arbitrale du Sport, Boonen arrivait sur le tour avec plein de bonnes raisons de ne pas se faire remarquer. En effet, on imagine bien l’effet « top credibility » qu’aurait eu cette édition avec un coureur « 99 francs ».

Mais de là à imaginer que Boonen s’infligerait de la sorte ce qui ressemble de plus en plus à un passage au purgatoire, il y avait un pas que même les plus revanchards n’auraient pu franchir. En effet, parti pour accrocher le maillot vert, le champion de Belgique n’a toujours pas participé à un seul petit sprint depuis le départ !

A Brignolles, il pouvait encore s’estimer heureux. Pour éviter la chute à 1km de l’arrivée, il est obligé de foncer tout droit dans la route de déviation prévue pour les voitures. Arrêt au stand. Plus de peur que de mal, donc, si ce n’est qu’il est trop loin pour voir Cavendish l’emporter.

A la Grande-motte, il est victime de la fameuse « Bordure de la Grande-motte » (à étudier dans toutes les écoles de cyclimse).

A Perpignan, il se débrouille pour récupérer le seul clou qui dépassait de la chaussée et crève alors que les sprinteurs commencent à s’amuser un peu.

Et à Barcelone, après la déviation fortuite, la bordure maléfique et la crevaison fatidique, il chute dans un virage ! Sur une flaque d’huile, laissée là par la garagiste de la caravane « Cochonou », le saucisson bien de chez nous, qui avait fait sa vidange la veille (le garagiste, pas le saucisson).

Comment, dès lors, ne pas y voir la démonstration d’une force supérieure ? Ou le machiavélisme des organisateurs du tour, qui auraient formés une équipe spécialement entraînée pour saboter la boucle de Tom ?

Ce qu’il faut rajouter, pour compléter ce tableau déjà bien chargé, c’est que depuis le départ du tour, Tom Boonen a ce que la pudeur journalistique décrit comme « des ennuis gastriques ». En fait, vous l’aurez deviné, Tom a la chiasse. Ca fait une semaine que Boonen se traîne une tourista exotique, du genre à vous désydrather que même dans le désert de Gobi à côté tu refuses un verre d’eau. Il a mal au bide du soir au matin, s’enfile trois bidons de smecta à la minute, et se tape ses douzes assiettes de riz complet avant d’oser s’assoir sur sa selle (où il n’ose plus aller d’ailleurs).

Et la poisse d’or est attribuée à...

En toute logique, la poisse ne devrait pas quitter ces deux là. Dans les étapes de montagne, regardez bien la moto arrière pour observer les visages déconfis de Denis et de Tom. Observez les roues crevées, notez les séquelles de la chute de la veille, admirez les soins du docteur Porte et écoutez le bruit du moteur de la voiture balai qui s’approche, inéluctablement.
D’ici une dizaine de jours, l’un des deux coureurs se détachera, imperceptiblement. Un ennui mécanique d’avance, puis un deuxième, puis une fringale, puis des problèmes aux articulations... Autant de petites galères, qui, additionnées les unes aux autres, feront de ce coureur l’élu des dieux, le grand triomphateur de la poisse d’or 2009 !


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