Chute à l’arrière !

Jean-Paul Ollivier n’a pas toujours été le p’tit gars sympa qui lit des fiches d’office du tourisme une fois toutes les deux heures, coincé dans la moiteur d’une caravane mal climatisée entre Thierry Adam et Laurent Fignon. C’est sûr que grâce à lui on en apprend, sur les clochers du Puy-de-Dôme et les calvaires de la presqu’île de Crozon, grâce à lui, on sait si Napoléon III a honoré sa douce sous la IIIe République dans un Etap Hotel des Vosges.
Mais avant cela, Jean-Paul Ollivier, c’était le gars attitré de la moto des portes bidons, celle située dans les gaz d’échappement des voitures de directeurs sportifs, c’était le meilleur pote du conducteur de la voiture-balai, c’était le premier à savoir que Jacky Durand aurait du mal à rentrer dans les délais. Mais le Jean-Paul Ollivier, il fait désormais partie de la mémoire collective avec ses célèbres interventions impromptues, interrompant les dialogues entre Patrick Chêne et Bernard Thévenet commentant la taille de la cage thoracique de Miguel Indurain (et du faible nombre de pulsations minutes de son coeur). « Chute à l’arrière ! Oh ! Une terrible chute à l’arrière ! » Et de suite, le téléspectateur faisait connaissance avec le Docteur Porte et prenait des nouvelles d’Alex Zuelle, qu’on ne voyait plus aux avants-postes depuis le début des Pyrénées, lui qui avait pris le départ malgré une fracture de la clavicule et du scaphoïde et qui est tombé dans le fossé pour la troisième fois depuis le départ fictif, pour ne pas avoir vu le virage en raison de la buée sur ses lunettes.
« Chute à l’arrière » est tellement célèbre que vous trouverez toujours, à vos côtés dans le canapé du salon, un gugusse hurler la même phrase au moment où Laurent Bellet choit, imitant vaguement la voix de Jean-Paul Ollivier.
Mais voilà, ça fait déjà quelques années qu’il l’a quittée la moto-balai, quelques milliers centilitres de pommade anti-hémorroïdes plus tard.
Cette année, les coureurs semblent avoir décidé de lui rendre hommage.
C’est vrai, c’est incroyable le nombre de chute sur le Tour 2008. et, comme dans chaque étape depuis le départ de Brest, c’est un Cofidis qui a attaqué le premier. Non, pas Sylvain Chavanel mais Hervé Duclos-Lassalle, victime d’une musette mal ramassée par un concurrent. Accessoirement, Juan-Mauricio Soler tombe également, mais abandonne quelques jours plus tard. Le lendemain, c’est encore une musette, celle de Franck Schleck, qui fait tomber Nicolas Jalabert. Mais y a quoi avec la zone de ravitaillement ? C’est trop dur de choper un sac à la volée ?
Dans la troisième étape, c’est Gomez (Saunier Duval), qui abandonne après avoir embrassé le bitume. Au contre-la-montre, Freddy Bichot, lui, casse son guidon dès le premier kilomètre, et finit dernier, mais ça n’a rien à voir. Entre Cholet et Châteauroux, Gadret et Valverde à terre. Première grosse pointure à se frotter les fesses sur le bitume (qui a demandé de qui il s’agit quand on parle de pointure ?).
Et depuis le début de la montagne, c’est un festival du côté des dossards connus. Allez, Zabel, Franck Schleck et Schumacher (qui perd en passant le maillot jaune) rien qu’entre Aigurande et Super-Besse ! Florent Brard, lui, fait l’intéressant et tombe après avoir coincé sa musette dans son dérailleur (décidément).
Mais c’est lors de la septième étape qu’on a le premier gros soleil de la Grande Boucle avec Lilian Jégou. Et voilà le plus gros baroudeur du Tour contraint à caresser la chevelure de son fils avec un plâtre.
Puis, entre Figeac et Toulouse, drôle de prémonition, c’est Ricco qui tombe. Le lendemain, Evans, qui retrouve, par hasard, le sac d’un spectateur bloqué dans la chaîne de son vélo (d’après certains témoignages, il s’agirait d’une musette siglée Cofidis. quel blagueur ce Florent Brard !). Alors que côté coulisses, le fantôme de Jean-Paul Ollivier frappe la moto qui suit l’avant de la course et fait tomber celle de Laurent Bellet dans la descente du Tourmalet.
Pour la 11e étape, pas de chute. Pourtant, le départ réel avait lieu à Saint-Girons, petite bourgade d’où était parti une étape du Tour en 1995, et au cours de laquelle Fabio Casartelli était mort. On a évité les comparaisons douteuses de Jean-René Godard. Ouf !
Retour à la plaine, et, comme c’est de coutume, ce sont des étapes pour les sprinteurs. Et c’est Baden Cooke qui abandonne. Lors de la 13e étape, nouvelle figure de style : Sven Krauss se prend un terre plein et casse son vélo en deux. Rien de spécial lors de la 14e. En revanche, entre Embrun et Prato Nevoso, Oscar Pereiro nous donnait droit à une des chutes les plus spectaculaires jamais vues depuis le tout droit de Johan Bruyneel dans le ravin lors du Tour 96 (le jour où le maillot jaune s’appela Stéphane Heulot). Un peu plus tard, Denis Menchov apportera une touche humouristique à notre série de gags en musique avec un nouveau geste technique : l’anti-attaque, qui consiste à essayer d’assommer la concurrence en attaquant dans la dernière ascension, avant de se casser la gueule dix secondes après.
Et la descente du col de la Bonette nous en a réservé une joliment impressionnante, avec la tentative de record du kilomètre lancé sur graviers avec un vélo de course tentée par le Sud Africain Augustyn.
Alors qui remportera le trophée Grace Kelly du plus gros gadin ? Il reste encore quelques jours avant l’arrivée sur les Champs. Et dire qu’Abdoujaparov n’est plus là...

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